La déontologie est surtout liée à la manière dont nous concevons notre travail.

Pourquoi «refuser » de suivre plusieurs membres de la même fratrie ? Ou plutôt pourquoi « imposer » l’idée d’un thérapeute par enfant. ?

Je crois que beaucoup oublient la part subjective du langage... en refusant l’unicité.

Quand je reçois un enfant, en observation, je pratique bien sur ce que l’on peut appeler un bilan même si pour moi ces temps (généralement 3 temps d’une heure) sont essentiellement un accueil de la demande, une manière de la cerner, un long entretien avec les parents et l’enfant pour permettre de replacer le ou les symptômes dans l’histoire de l’enfant qui est amené. Je les écoute parler de leur enfant, du retentissement de la difficulté dans la famille et surtout j’essaie qu’ils puissent (re)construire l’histoire de leur enfant, tout en m’adressant presque toujours directement à l’enfant (ce qui surprend encore trop souvent enfant et parents).
Ensuite, il y a le temps avec l’enfant le plus souvent seul dans lequel je vais tenter d’analyser son symptôme et surtout tenter une prise de vue de ce qu’il a acquis, de ses potentialités, de la manière dont il communique comment il investit le langage et comment son environnement investit le langage. D’une certaine manière, j’essaie systématiquement de privilégier ce qu’il « sait », une sorte de valorisation de ce qu’il est, plutôt que de l’écraser de tt ce qui lui manque. Enfin, je tente d’évaluer la gêne occasionnée ou pas par les symptômes à l’origine de la consultation et s’il y a une réelle demande ou une possibilité de la faire émerger.

Enfin à la suite de ces temps d’observation, il aura le temps de rédaction de bilan, de partage avec l’équipe qui sera suivi d’une restitution à l’enfant et à sa famille. Il apparaît déjà que cette pratique permet déjà aux parents et à l’enfant de comprendre que ma pratique est déjà différente de ce qu’ils imaginaient ou encore de ce qu’ils ont rencontrés chez les orthophonistes précédents. Et il arrive que naturellement ils comprennent que ma manière de travailler ne sera pas scolaire ou rééducative. Il apparaît alors un soulagement de ne pas recommencer ce qui avait été vécu comme assez douloureux.

Tout cela pour dire, que c’est avant tout notre manière d’aborder l’enfant et sa famille dans ces premiers temps qui permet de faire passer qui l’on est et surtout leur permet de capter ce que nous pourrons offrir ou pas à leurs enfants.

La restitution permet de les éclairer sur notre pratique et sur ce que nous pouvons proposer à leur enfant. Leur laisser la parole permet qu’ils nous partagent ce qu’ils ressentent de notre observation. Laisser l’enfant nous dire, lui aussi, ce qu’il a entendu ou retenu de ces temps.

Leur permet donc de toucher le cadre de notre pratique, il est fréquent dans ce temps que je sois amenée à leur expliquer l’importance de l’exclusivité de leur enfant et tout naturellement nous pouvons aborder le sujet d’un thérapeute unique pour un unique enfant. Et l’essentiel est souvent passé dans ces premiers temps.

 

Il apparaît donc aisé dans un autre temps d’expliquer aux parents qu’il n’est pas souhaitable que leurs enfants soient suivis par le même thérapeute.

 

Quand nous recevons un enfant, nous ne recevons pas un trouble, nous recevons un enfant à qui nous offrons un espace. Il vient certes à cause de son ou ses symptôme(s). Je rappelle que j'ai choisi de travailler dans un service de pédo-psychiatrie et donc que je ne suis pas confrontée à des troubles d'origine neurologique ou acquis.

A nous d'entendre ou pas la souffrance qui se cache derrière ce symptôme mais si l'on choisit de travailler de cette manière, de penser que tout trouble du langage s'inscrit dans des liens plus ou moins bien investis, nous ne pouvons pas faire fi de l'importance de la relation que l'enfant établit avec nous, donc que nous ne sommes pas interchangeables puisque nous intervenons bien sur en tant qu'orthophoniste mais nous intervenons aussi avec ce que nous sommes, et donc avec notre histoire et notre subjectivité. Si nous nous accordons cette qualité, nous ne pouvons pas la nier à l'autre !

 

L'enfant nous confit (au sens qu'il nous le révèle) son symptôme pour que nous l’aidions à y donner un sens et enfin lui offrir les moyens de « travailler » son trouble au moment opportun pour cela nous lui offrons un espace de rencontre où nous lui demandons de s'inscrire et où nous aussi nous acceptons de nous inscrire.

 

Donc pour en venir au contrat, il est quasi exclusivement verbal.

Pour qu’il y ait contrat, il faut donc qu’il y ait trouble, qu’il y ait demande et possibilité de prendre en charge l’enfant et des partenaires.

Dans ce contrat l’enfant exprime sa demande d’aide, les parents acceptent cette demande et les moyens mis en place pour construire le travail et de mon côté, je m’engage à recevoir cet enfant et à l’accueillir avec son symptôme et l’accompagner dans son cheminement. Le cadre s’inscrit bien sur dans le contrat.
Il est rappelé que le temps de la prise en charge est l’espace de l’enfant, qu’il ne sera pas question de faire mais d’être, j’ai l’habitude de rappeler ce que sont mon métier, mon rôle et ma manière de les concevoir.
J’explique que ce temps est un espace thérapeutique et que cela engendre une sorte de discrétion (le terme secret me semble restrictif).
Je rappelle que tout ce qui est fait dans l’espace de la séance reste dans la séance donc déjà pour un côté pratique les productions de l’enfant restent dans le dossier jusqu’au moins à la fin du travail dont nous déciderons ensemble.
 
Donc comme je le notais en préambule, le langage est subjectivité, cela implique donc qu’une part intime de nous même nous échappe et cherche à se dire sans que nous n’en ayons conscience et pas toujours en y parvenant d’ailleurs.
Donc il me semble assez inconcevable de nier cela, et c’est un peu ce que nous faisons ou que nous sommes obligés de faire quand nous recevons des membres d’une même famille.
On ne peut réellement offrir un espace à un enfant et qu’il puisse se l’approprier et y prendre les bases d’une confiance si cet espace est aussi celui d’un autre avec lequel il a une relation d’un autre ordre et nous nous obligeons à être les témoins de conflits qui nous dépassent et dépassent nos capacités d’orthophonistes.
 
J'ai déjà écrit ici à ce sujet, j'ai d'ailleurs repris une partie de ce post.