Ici et là, de plus en plus de professionnels de santé ou du soin s'aventurent sur la toile et certains d'entre nous évoquent des cas cliniques voire des cas qu'ils suivent actuellement en thérapie.

Comme je posais la question récemment à une professionnelle dont j'apprécie les écrits depuis longtemps, il m'est venu l'idée d'en parler plus longuement.

En effet, je n'arrive pas à m'autoriser à parler de mes patients du moins à parler de ce qui se passe entre eux et moi dans le cadre de l'espace thérapeutique à des personnes qui n'ont pas "normalement" accès à ce savoir ou encore qui n'ont pas les connaissances pour comprendre ce qui peut se jouer. Pourquoi ces réticences

Tout d'abord, il y a l'éthique, le respect de mon patient et de la confiance qu'il a mis dans l'espace thérapeutique que je lui offrais et donc secondairement en moi.

Une publication à mon humble avis ne peut être qu'avec l'accord du patient. Et si nous demandons cet accord, ce patient a légalement et légitimement un droit de regard sur ce qui est écrit à son sujet. Et est-ce possible de transmettre à un patient le fruit de nos réflexions théoriques, de nos hypothèses… ? Certains me répondront que oui. Bien sur cela pourrait être accessible sans restriction s'il ne s'agissait que de chiffres, de taux (et encore) mais dans nos domaines précis, nous savons que nous sommes dans des espaces parfois très "précieux", intimes, subjectifs, affectifs… et nous savons que sans un certain bagage théorique, une capacité d'analyse et de mise à distance, nos propos, nos réflexions peuvent être incomprises au mieux, au pire travesties et déformées… Nous le constatons déjà avec des professionnels qui n'ont pas cette sensibilité, cette capacité de réflexion alors imaginons quand ce sont des personnes qui n'ont pas de connaissance dans le domaine hormis une information tout public qui peut être biaisée, truquée, partisane ou que sais-je encore…

Par respect du secret médical, nous sommes obligés de changer les noms, prénoms. Et j'avoue qu'à chaque fois que j'ai du "travestir" le prénom d'un de mes petits patients pour exposer un cas clinique (dans un cadre professionnel), j'ai toujours été très frustrée parce que j'avais la sensation d'amputer une partie essentielle de mon patient.

En effet, les prénoms sont tellement importants et nous révèlent tellement sur l'investissement de l'enfant par ses parents, sa famille… Ces "Théo" qui sont les Dieux de leur mère… C'est enfant qui ont un prénom avec une faute d'orthographe majeure parce que l'un des parents a voulu qu'il ait 2 L pour avoir plus de féminin, ce prénom qui s'associe si bien ou si mal avec le nom. J'ai le souvenir d'un enfant qui avait le nom d'un grand écrivain du XIXème siècle et qui portait également le prénom de cet écrivain, mais quand on posait la question du prénom aux parents, ils répondaient "ça sonnait bien", et jamais consciemment ils n'ont fait de lien avec cet écrivain, qu'ils n'avaient pas lu et ne connaissait pas, mais pour cet enfant quel poids sur les épaules ? D'autant plus que le reste de la fratrie avait des prénoms de séries américaines de l'époque (Brandon, Kelly…).

J'ai souvent biaisé en utilisant la traduction du prénom dans une autre langue ou encore un prénom qui pouvait engendrer les mêmes identifications.

A suivre...