PROJET DE LOI POUR INTERDIRE LA PSYCHANALYSE :
A QUAND UN PROCES EN HERESIE CONTRE LA PSYCHIATRIE ?


Communiqué du 28-01-2012
C’est par voie de presse que le Syndicat des Psychiatres des Hôpitaux a découvert, comme les autres organisations professionnelles et scientifiques, qu’un projet de loi était déposé par le député Fasquelles pour interdire « les pratiques psychanalytiques dans l’accompagnement des personnes autistes ».
Ce qu’aucune autre discipline médicale n’aurait à tolérer, la psychiatrie devrait donc encore le subir : l’ingérence de n’importe quelle personne sans compétence médicale pour décider de la pertinence ou non des traitements en psychiatrie, et qui plus est en utilisant l’appareil législatif.
Jouant des amalgames entre techniques de soins et références théoriques, sous couvert de pseudo-cautions scientifiques et d’affirmations sans fondement, ce projet de loi détourne la loi de ce qui est de sa compétence dans un état de Droit.
Il est bien déplorable que l’autisme et les souffrances qui l’accompagnent soit exploités pour faire passer la psychiatrie et sa spécialité infanto-juvénile pour de simples marottes obscurantistes incapables de prendre en compte les nouvelles approches. C’est bien parce que les soignants en psychiatrie savent que les pathologies psychiatriques et neuropsychiatriques interrogent toutes les dimensions, psychologiques, affectives et cognitives, mais aussi sociales, des personnes et de leur entourage, que la politique de sectorisation et la psychiatrie de liaison ont pu se développer pour des partenariats avec les autres disciplines et une ouverture aux différentes techniques de soins et explorations diagnostiques.
Tant qu’à légiférer, il serait plus profitable à la population et à la situation des personnes souffrant de troubles autistiques, que les parlementaires se penchent vraiment sur la manière de répondre aux besoins en moyens humains et structures de prise en charge face à la diversité des cas qui ne cessent de faire appel à la psychiatrie et qui mériteraient bien mieux une loi globale d’orientation pour la santé mentale.

Nantes le 27 janvier 2012

COMMUNIQUE

La Société de l’Information Psychiatrique a pris connaissance de l’information selon laquelle le député D. Fasquelle compte déposer à l’Assemblée Nationale une proposition de loi visant à interdire «l’accompagnement psychanalytique des personnes autistes ». Dans l’argumentaire, les hôpitaux de jour des secteurs de pédopsychiatrie ainsi que les structures médico-éducatives sont remis en cause comme utilisant majoritairement une approche psychanalytique de l’autisme.
La S.I.P s’étonne que l’Assemblée Nationale, dont ce n’est pas la vocation, soit appelée à se prononcer pour récuser et interdire des références théoriques scientifiques ainsi que ce qui est nommé étrangement « accompagnement psychanalytique » des personnes autistes.
Les psychiatres, comme tous les médecins, sont déontologiquement tenus d’assurer des soins « fondés sur les données acquises de la science » et ce n’est pas au législateur de déterminer quelle approche thérapeutique est scientifiquement justifiée.
La S.I.P pense essentiel de rappeler les bases qui ont présidé à la construction de la pédopsychiatrie en citant la circulaire DGS/DH n°70du 11 décembre 1992 :
«Les secteurs de psychiatrie infanto-juvénile ont vocation à prendre en charge ces enfants et adolescents (souffrant d’autisme) : il s’agit de permettre un diagnostic le plus précoce possible tel qu’il s’est développé ces dernières années, notamment du fait de la collaboration avec les pédiatres, de mettre en œuvre précocement des thérapeutiques appropriées, ainsi que les mesures d’accompagnement nécessaire sur le plan éducatif et pédagogique, et de préparer à l’adolescence le suivi vers des structures diversifiées. A toutes ces étapes une attention particulière devra être portée à la participation des familles ».
La S.I.P rappelle l’importance que les psychiatres des hôpitaux attachent à la richesse des diverses approches et à l’intégration des nouvelles connaissances que la recherche, la clinique et la pratique apportent dans un esprit d’ouverture et de respect des dimensions psychiques, cognitives et affectives des personnes qu’ils sont amenés à soigner.
Ils sont respectueux du choix des familles et s’associent à elles dans le constat du manque criant de structures d’accueil pour adolescents et adultes.

 


Docteur N.Garret-Gloanec

 

SIP